Blue Moon de Damir Karakaš : rockabilly sur fond de guerre

 

Paru aux éditions Belleville en mars 2020
168 pages

De plus en plus j'aime explorer ce que la littérature du monde nous propose en terme d'univers mais aussi à travers le travail ô combien important des traducteurs. Et le roman de Damir Karakaš, aux allures rock,  avait tout pour me plaire...


Charlie, son truc, c'est le rockabilly. Au Blue Moon, il se déhanche sur le rock de Bill Haley & His comets, Elvis ou encore Carl Perkins. Banane impeccablement dressée sur la tête, presque comme la crête d'un coq tant il se compare aux autres hommes, jouant sur son apparence pour masquer les fêlures. 
Dans la rue, et particulièrement dans son village natal de Zliba les gens le regardent comme une bête curieuse, tandis que son père – alcool dans le gosier – le bat, depuis sa plus tendre enfance et que sa mère, se tait. Heureusement, ça fait quelques années déjà que Charlie s'est fait la malle pour étudier à Zagreb. Enfin étudier... Plutôt squatté sa chambre de la cité U. Charlie fait presque partie des murs de ce lieu depuis le temps qu'il y ait.

Mais voilà, il va bien falloir y retourner dans ce satané village. Parce que son grand-père, un ancien Oustachis, est mort. Il s'est fait sauter la caboche. On ne sait pas trop pourquoi. Et ça va franchement secoué Charlie, les souvenirs, le vague à l'âme, les angoisses, l'idée de devenir père alors que sa jeunesse n'est pas finie, que son avenir semble avorté et qu'en prime au loin ça semble trembler, puer, s'armer. Son meilleur ami essaye bien de lui dire, lui qui est serbe, mais Charlie pige pas. Lui, il a plutôt en tête la guerre passée, racontée par son grand-père, ou sa bataille intérieure, mais pas vraiment la guerre à venir...

 
“ J'ai pris la télécommande, zappé : sur l'une des chaînes, Tom poursuivait Jerry avec une hache, mais Jerry, de ses vifs petits pas de souris, courait au dernier au moment se réfugier dans son trou dans le mur, que j'aurais moi aussi quand j'étais gosse aimé avoir, quand mon père me battait sans raison. ” 


C'est le deuxième ou troisième livres que je découvre de cette maison d'édition. Ce qui m'attire chez elle c'est la provenance des auteurs : slaves, égyptiens, turcs, arméniens etc et l'originalité du traitement des thèmes mis en avant. Ce fut encore d'ailleurs le cas avec Blue Moon en lisant la quatrième de couverture et pourtant... me voilà ressortie un peu frustrée de cette lecture, avec une sensation d'inachevé, d'incomplet. La sensation que certaines idées sont survolées, tournent en rond ou arrivent sur le tard. Dommage, car la complexité psychologique de ce mec un peu nonchalant est bien exploitée, le rythme est punchy et la traduction fluide mais j'aurais aimé trouvé l'humour corrosif dont il est fait question, ressentir les soubresauts de la guerre à venir bien plus tôt, et aller plus en profondeur dans les questions identitaires avec un parallèle plus poussé entre l'époque du grand-père et celle de la fin des années 80.

Point de regret donc, mais un goût de trop peu me concernant.



Blue Moon de Damir Karakaš paru aux éditions Belleville - traduit du croate par Chloé Billon



Commentaires

  1. Je l'ai récemment feuilleté en librairie et en ai lu les premières lignes. Je me posais la question... Merci pour la réponse ;-)

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    1. Oh oui, connaissant un peu tes goûts tu peux passer je pense.

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