[Autour des livres] Vos ivresses littéraires - Godeleine de La bibliothèque de Mademoiselle


Chaque mois, vous retrouvez les ivresses littéraires d'une blogueuse ou d'un blogueur (mais pas que) qui vous parlera de ces livres qui l'ont particulièrement marqué(e). De quoi vous donner envie je l'espère de découvrir de nouveaux titres.

J'ai une tendresse particulière pour cette femme poétique. A la fragilité touchante.
Godeleine c'est une rencontre par hasard mais une rencontre évidente. Limpide. D'échanges en échanges, cette jeune femme me touche. Par ses mots et sa sensibilité. Par ce qu'elle ose sans même s'en apercevoir. 
Alors voilà, ce mois-ci je lui donne la parole. Vous partage ses ivresses. Et, mon affection pour elle. 

⬥ Si tu devais choisir un livre trop peu mis en avant (récent ou non) ?

Dur, dur … Et c’est là que je dis merci aux hashtags, (merci les hashtags :p) parce que mon premier coup de cœur de 2019 compte moins de 100 publications, alors je me lance et je leur fais dire qu’ils sont mon signe pour évoquer L’ombre animale de Makenzy Orcel (bon, en réalité, il a reçu pas mal de prix donc je triche un peu, ou alors peut-être est-il seulement trop peu mis en avant sur la planète bookstagram ?). J’ai été bluffée parce que ce n’est pas une histoire, « je te le dis tout de suite ce n’est pas une histoire », c’est plus, c’est une existence, un souffle, c’est une morte, un cadavre qui prend la parole et raconte Haïti, sa famille, son frère, sa mère, son père, son village, les tontons macoutes, la ville, les meurtres comme ça, sans plus respirer puisqu'elle est morte, d’ailleurs, il n’y a plus de point, que des virgules, les mots s'enchainent, mais il faut prendre son temps, prendre son temps parce que c’est absolument magnifique et exotique et poétique. Une expérience dingue !


⬥ Un livre résolument fémin(iste) ou sur la masculinité ? (au choix)

Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé c’est qu’elle est une sacrée héroïne, une féministe, une vraie. Les femmes prennent les décisions à bras le corps, tordent le nez au destin dans ces pages fabuleuses, surprenantes, imagées. De génération en génération, le courage se transmet dans ce pays imaginaire. Et alors, il faut découvrir le monde, la vie ou plutôt cette drôle de jungle, l’avenir, le viol, la maladie, la mafia, affronter certains hommes, en aimer d’autres, se battre, se frayer un chemin, se trouver une place, Vera Candida fuit son île, les poissons-volants. Elle est intrépide, Vera Candida. Mais Vera Candida, c’est sa grand-mère, sa mère, sa fille, elle est toutes ces femmes. Elles sont toutes Vera Candida. Les femmes sont fortes. Et la plume de Véronique Ovaldé, génialissime !


⬥ Quel livre laisserais-tu sur un banc pour le partager au plus grand nombre ?

Les raisins de la colère de Steinbeck. C’est un voyage, un déchirement, un déracinement, un roadtrip, il faut quitter la ferme, tout quitter. La famille Joad est chassée par cette épidémie grandissante, impitoyable, cette agriculture qui n’en est plus une, intensive et cruelle pour la terre et pour les hommes. Je voudrais laisser sur un banc cette leçon d’humanité, partager l’histoire, les liens familiaux, la survie, la haine, la colère, l’union, la force et puis l’architecture du texte aussi, surplomber la vigne, observer tous ces mouvements, ou plonger au fond du cœur des hommes. Et puis, surtout, je voudrais partager Man, ce personnage, elle est sève, elle nourrit la vigne de son courage déterminé, je l’aime tant, je l’aime passionnément. 


⬥ Un livre qui traite des problématiques actuelles ? 

Les racines du ciel de Romain Gary, je crois qu’on dit de ce livre qu’il est le premier roman écologique. Ecologie, humanité, finalement c’est pareil, c’est une véritable autopsie de l’âme humaine, offrant sa pourriture comme sa beauté. Il faut sauver les éléphants et Morel se brûle les ailes, au Tchad, il est cet Icare rescapé des camps de la mort qui lutte, se shoote à son rêve un peu fou, se perd dans sa quête. Comme elle est belle et fragile, cette humanité. Il faut sauver les fous et les éléphants.


⬥ Le livre qui a tout déclenché ?

Belle du seigneur d’Albert Cohen... C’est la première fois que je me suis dit que la lecture était la plus belle des drogues, la plus efficace et aussi la moins dangereuse (enfin, pas sûre que Madame Bovary soit de cet avis) « alors, on peut vraiment ressentir tout ça, en lisant ? Tomber à l’intérieur de soi, avec l’âme qui fait ploc, une fois qu’elle a dégringolé au fond, tout au fond ? Juste parce que les mots sont beaux, que je suis enivrée de cet amour de Solal pour Ariane, d’Ariane pour Solal, qu’il me fait tourner la tête, cet amour, comme il leur fait tourner la tête à eux, jusqu’à ce qu’ils ne sachent plus trouver leur nord, quelle direction donner à sa vie quand il y a trop d’amour et qu’il n’y a pas eu assez d’air ? », c’est ma première claque, ma première cuite littéraire, ma première véritable « ivresse » (assez fière de terminer sur ce mot-là héhé).


⬥ Si tu devais choisir ta propre question qui ne figure pas dans cette liste, laquelle serait-ce et pour quel livre ?

« La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide ». Voilà, c’est dit. Et puis, c’est vrai, je voulais la caser, celle-là, cette première phrase, ce bonjour, ce livre. Entrer dans un livre, rencontrer un inconnu, c’est pareil finalement. On se hèle d’abord, on soulève la couverture, puis on se claque la bise, s’échange une poignée de mains polie, déchirante ou provocante, on s’observe, se salue, se connaît enfin. Elle dit tout et rien, cette première phrase, ce bonjour d’Aragon à son lecteur, elle dit Aurélien et Bérénice, réunis, enfin, non, séparés par le verbe voir, le regard, le verbe trouver, la recherche. Ils vont passer leur temps à se chercher, Aurélien et Bérénice, se regarder sans se comprendre, se projeter dans l’autre, se regarder dans l’autre sans le voir vraiment, cet autre, s’aimer passionnément, se chercher encore, se perdre et … Parce que la première phrase est aussi surprenante que le livre est beau, que Bérénice est laide la première fois, parce que c’est l’absolu partout, que les sens, les couleurs, les mouvements, Paris sont exacerbés par les mots, que cette histoire est une immense poésie, je dirais « Un livre pour sa première phrase » (et toutes celles qui suivent, hein) et je choisirais Aurélien d’Aragon. Un bonjour pas « franchement » désagréable et que je ne suis « franchement » pas prête d’oublier.



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Godeleine anime également le podcast Mille et une lignes que vous pouvez retrouver ici 

Commentaires

  1. Je ne connaissais pas ce compte, hop abonnée!
    L'ombre animale m'était jusqu'alors inconnu mais au vu des avis sur Babelio, il faut que je me penche sur lui!
    J'aime ce qu'elle dit sur ces premières phrases qui nous happent!

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    1. Ravie de t'avoir fait découvrir ce compte. Je suis certaine que tu trouveras chez elle de nombreuses envie et... des points communs ! C'est elle aussi qui m'a donné envie d'aller voir du côté de Makenzy Orcel :) et maintenant j'ai très envie de lire le Gary

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    2. J'ai essayé un roman de R. Gary, La vie devant soi et ... cela n'a pas fonctionné (shame on me...) donc pas sûre de lire celui-ci.
      J'ai vu sur son IG, qu'elle avait de très bons goûts :-)

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