De rivières de Vanessa Bell : le corps-rivière

De rivières
Paru aux éditions La Peuplade - Octobre 2019
96 pages

J’ai lu et relu ce recueil de Vanessa Bell. Je m’y suis glissée comme on entre dans le lit d’une rivière. Je l’ai fouillé, cherchant toujours plus profond ses mystères, ses subtilités. Je l’ai lu par petites touches comme on pénètre dans l’eau, d’abord la nuque, et peu à peu le corps. Entier. Puis je l’ai relu d’une traite comme on s’enfonce dans une eau amie. Avec toujours au bout du compte, une envie d’y revenir. 


“ mon corps une rivière
je vous en prie
acquiescez mon existence ”

Quatre parties pour quatre états. Fauves, organiques. Quatre états avec en son centre la rivière comme métaphore, l’eau comme élément. L’eau, les eaux. Celle de la mère. Celle de la femme. Quatre états qui disent la vie, les accidents et les ruptures. Les colères contenues ou criées. Celles qui noient ou donnent la force de survivre. De périls en combats. Les érosions qui fragilisent. 
La rivière par la voix de la poétesse sort de son lit. Expulse. Partage, espère et transmet car de cette voix et d’une histoire qui semble si personnelle, Vanessa Bell coule le collectif, le legs. Arrive peu à peu à la confluence. Les femmes, comme des sœurs, se rejoignent. Pour action. 

“ à mes filles avortées
celles aux jambes graciles
vous charrierez dans vos poches
des bombes écarlates
déposerez au pied des montagnes
les couleurs de vos songes
veillez veillez encore
il existe des âges
pour chacun de vos ongles arrachés ”

De rivières s’est insinué en moi. Ces vers libres ne faisaient plus qu’un avec mon état d’être. Ma peau chagrin. Mes cris silencieux. Mes espoirs timides, incertains et mes révoltes intérieures. Toute rage contenue. Dehors. En dehors de son milieu. Mon dos, mon ventre-roche. Mon théâtre où pleurer. Percutée. Le cœur en crue. 
Qu’il s’agisse des blessures, de la violence intime, de la maternité, de la sororité ou encore des doutes qui nous parcourent, Vanessa Bell les libère dans une rage douce et amère, une révolte créatrice à travers une nature puissamment évocatrice de nos émotions. Le vent, la roche, la rive mais surtout l’eau. L’eau qui n’est pas choisie ici par hasard : rien ne peut arrêter l’eau. Elle est imprévisible, aussi calme que ravageuse. Elle est féminine. 

Alors de courants en courants on se laisse bercer et submerger par cette voix en apparence simple et pourtant si puissante. Une voix qui crée des ponts entre les autres poèmes, qui amène à plusieurs niveaux de lectures. Comme les profondeurs d’une rivière. Une voix engagée qui crée des ponts entre elle et les autres. Une voix-vie qui s’écoule. Entre les os. Une voix multiple. Comme un écho à toutes les femmes, filles, mères, sœurs.

“ n'ignorez pas vos colères
elles sont vos romances
 
sans compromis - aimez ”

Un recueil sur lequel la douce Sabine a également ses mots, élégants, puissants : c'est à lire par ici

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