Matador Yankee de Jean-Baptiste Maudet : jusqu'à en mordre la poussière

Matador Yankee
Paru aux éditions Le Passage en janvier 2019, 192 pages.
Prix Orange du Livre 2019

Il était temps de vous parler du Prix Orange du Livre 2019. Matador Yankee est un excellent roman pour l'été, qui vous fera voyager à l'autre bout du monde sur les terres mexicaines où poussière et chaleur se mêleront aux personnages hauts en couleur. 


Il s'appelle Johnny. John. Juan, c'est selon. Mais la plupart du temps c'est Harper tout court. Il est mi-mexicain mi-américain. Mixité sur ces terres frontalières. Son père ? Inconnu. Mais sa chevelure blonde lui a souvent fait raconter qu'il était le fils de Robert Redford dont la ressemblance est frappante. Dont les films l'ont marqué. Ça lui a valu les moqueries étant plus jeune. Qu'importe. Et qui sait ?
Harper est ni tout à fait un cow-boy, ni tout à fait un torero. Les anciens combats dans les arènes lui ont laissé quelques traces sur le corps et beaucoup d'alcool dans le sang pour oublier. Pourtant toréer, c'est encore ce qu'il fait de mieux quand il ne dilapide pas son argent dans des établissements de jeux...

Oui, il aurait pu devenir un grand matador. Il aurait pu... 

L'argent ou plutôt la dette c'est ce qui va le conduire à partir pour La Sierra Madre. Il a un service à rendre à Antonio son vieil ami pour éponger sa dette. Une dette qu'il doit à la Panthère et qui ne plaisante pas vraiment avec les mauvais payeurs. En partant toréer là-bas chez les fous, dans les montagnes, il doit remettre un paquet. Un présent au maire. Le père de Magdalena dont Antonio est fou amoureux mais qu'il ne peut épouser par refus de sa famille. Fou amoureux... On ne croit pas si bien dire. 
Là-bas dans les montagnes, rien ne va se dérouler comme prévu et avec Harper, on va nous aussi mordre la poussière.

“ Harper aujourd'hui ne s'interrogeait plus sur ce qui lui avait manqué pour devenir un grand torero. C'était derrière lui. Il avait tout eu, la technique, le courage, l'obsession, cela n'avait pas suffi. Entre deux contrats, son cerveau s'échappait trop loin. Il y serait parvenu s'il avait pu ne jamais gamberger et ne jamais quitter la piste, si les arènes, les unes après les autres, étaient venues d'elles-mêmes l'encercler. Ce n'était plus pareil lorsqu'on savait qu'on ne franchirait plus aucune étape dans une carrière et qu'il fallait continuer à toréer sans la moindre chance de fouler le sable des arènes de la Maestranza de Séville. Elles étaient pour Harper le centre du monde avec ses cris d'hirondelles, son sable doré, ses cercles rouges et sa géométrie cosmique. ”

Quel roman ! Si je n'avais pas connaissance qu'il s'agit là d'un premier roman, je pense que je ne l'aurais pas deviné tant il est parfaitement maîtrisé. Avec des personnages totalement barrés, et des décors de cinéma, Jean-Baptiste Maudet nous embarque faire le tour du Mexique. Tijuana, Hermosillo, Oaxaca... Les paysages s'étendent devant nos yeux et l'on ressent tout l'amour que porte l'auteur à ces terres. 
Ici, aucun réel héros pas même notre gringo torero Harper. Mais ils ont tous quelque chose d'attachant, une histoire, une fêlure, un fantôme. Leur âme n'est jamais ni totalement bonne, ni totalement mauvaise. Des personnages parfois tiraillés par cette culture frontalière. Entre rêve américain et réalité mexicaine. 

Et il n'y a nulle facilité, Jean-Baptiste Maudet nous amène à reconstituer nous-même l'histoire. À imbriquer les pièces du puzzle par une narration chorale. L'ambiance est vive, burlesque, pesante, haletante. Ça défile, ça s'agite même quand ça semble ralentir. Oscillation entre arène, souvenirs, course poursuite, soif de pouvoir, fuite... À se demander sans cesse si nous sommes finalement dans un western, un road trip ou sur le dos d'une vache. Sûrement tout cela à la fois.
Une chose est sûre, dans ce roman aux grandes étendues sinueuses dignes des films hollywoodiens tout est question de choix et de survie.

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