Je, d'un accident ou d'amour de Loïc Demey :

Je d'un accident ou d'amour
Paru chez Cheyne Éditeur en 2014
48 pages 

Je n'avais pas encore lu Loic Demey, j'ai senti quelques regards aux yeux ronds se poser sur moi en apprenant cela. Regards doux mais interloqués. La belle et rayonnante Moka Milla me l'a offert, emballé dans un joli papier cadeau, coloré, à son image.


J'ai attendu avant de le lire. J'avais peur d'y retrouver trop de Prendre corps de Ghérasim Luca, long poème que j'aime tant (magnifiquement mis en musique par Arthur H). Et puis j' ai vu que ma libraire organisait le soir de mes 30 ans (il n'y a pas hasard) une lecture musicale. Alors quelques semaines avant la rencontre, je l'ai démarré. Immédiatement bouche bée. J'y ai lu non pas une imitation de Ghérasim Luca mais une continuité, un hommage aussi je crois. J'y ai lu un roman. Sans verbes. D'une beauté inouïe. J'en ai lu des passages à l'homme. Je fais souvent ça quand un texte me touche aussi fort. Il m'écoute avec son sourire sur le visage d'y percevoir l'émotion dans ma voix. Je l'ai lu et j'ai perdu mes mots. Pour en parler. Mes verbes. Pour dire toute sa beauté. Je l'ai posé. Je l'ai rouvert. Plusieurs fois. Toujours pas les mots. Quels mots pourraient convenir à un tel souffle ? Quels mots pourraient convenir à cette histoire fulgurante d'une rencontre passionnelle ? L'inconnue qui vous happe. Le regard. Les sens. L'inconnue dont la présence vous comble. L'inconnue dont vous avez envie de parcourir le grain de peau. Indéfiniment. Quels mots peuvent être assez fort pour retranscrire pareil désir quand tout est magnifiquement écrit par l'auteur ? Je les cherche encore. 

Loïc Demey, tout en finesse, tout en musique et poésie nous raconte cette rencontre furtive. Celle qui secoue l'être, le corps, le cœur, les trois en même temps. Hadrien et Adèle au jardin du Luxembourg. Adèle qui lit. Hadrien, ensorcelé. Une rencontre-parenthèse. Dans laquelle tous deux glissent avec délectation. Laissent leur quotidien, ceux qui le partage et s'use, le temps de quelques jours en plein mois d'août. À eux. Rien qu'à eux. Sans se soucier de ceux qui les attendent. Découvrir l'autre, l'explorer. Dans les moindre recoins. Avec urgence et élégance.

“ Je me douce qui fuite, elle s'arrivée en avance. 
Adèle se robe rouge et talons à l'affût sur le fauteuil. Je me serviette, elle se debout et m'autour du cou. 
Je me chancelant, je me trac. Elle me chuchotements d'amour à l'oreille. 
La rue se nuit, le ciel se lune. Je la nue. 
La pièce se sombre, je m'orage. La fermeture éclair. La robe, tonnerre. Sa tunique en l'air et ses dessous à terre. La rue se lune, le ciel se nuit. Je la nue. 
Elle me peau, je la pulpe des doigts. On s'épiderme. 
Je me préservatif, je m'hâtif et précipitation. Je me cafouillage. Elle me coup de main. Elle me coup de langue, me coup de hanche. Je l'à-coups, la contrecoups. On se secousses, cratère et volcanique. Elle s'ébullition. Je m'éruption. ”

Dans ce court récit, il nous offre toute la puissance merveilleuse de ces instants là, de ces manques, de ce besoin viscérale de la voir, la retenir, encore un peu. Des dérapages. Le mal qui ronge quand elle repart. La tête ailleurs. L'accident. D'amour. A en faire vriller la tête. En perdre ses mots, ses verbes. L'accident. Lequel ? L'accident. Immédiatement je pense à la chanson de Juliette Armanet.  « T'es apparu d'un coup, comme la vie en personne ». Accident dans la chair. Accident idéal. Accident éternel. Accident sur la route. Une chanson plus mélancolique, pas moins brûlante de ces sentiments incontrôlables.

Quarante trois pages où "l'entre les lignes" est essentiel. Où Paris s'ouvre à nous. Où l'amour transcende tout. Où les mots, les lieux, les silences, les images forment une œuvre d'une incroyable puissance. Loïc Demey a travaillé sur le langage, le fond, la forme, mais le lecteur doit (re)composer le puzzle à mesure qu'il tourne la page, fébrilement, délicatement. Car l'auteur joue, espiègle, avec les mots et avec nous. D'un je(u) tourbillon. Et moi, couru d'avance, je suis tombée sous le charme. De cette langue que je me suis immédiatement appropriée, de cette sensualité qui m'a fait frissonner, de cet humour des mots parfois, de cette pureté des sentiments. J'en ai pris au réveil, au petit déjeuner, au café, au dîner, au sommeil. J'en ai pris et repris. Je l'ai suivi, sans savoir jusqu'où mais à le lire, finalement, je l'aurais suivi n'importe où.
Je, d'un accident ou d'amour

Commentaires

  1. Comme je te reconnais dans ces lignes, dans cet amour-là de ce texte-là - que je ne connaissais pas. Et comme tu as raison de lire ce texte à haute voix ! Tu en parle merveilleusement bien.

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    1. Oh merci ma belle Delphine ! Il y a des textes comme ça qu'on ne peut s'empêcher de lire à haute voix tant la musique est belle.

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