Un funambule d'Alexandre Seurat : au bord du précipice

Un funambule
Paru aux éditions du Rouergue
96 pages

“ Un funambule, s'il s'apprête à marcher sur son fil, doit basculer le poids de son corps du pied qui est sur le rebord au pied au-dessus du vide, et il ne peut le faire qu'en ayant une confiance absolue dans le vide. Il ferme les yeux, il se concentre, prend sa respiration, et tout à coup peut-être, il sent l'appel du fil, et il avance : il marche, et tout est simple, peut-être, tout est lumineux. Peut-être. ”

Un jeune homme en bord de mer. Seul face à l'immensité des vagues. Perdu. Depuis que Solenne est partie. Le vague à l'âme. Les vagues qui semblent l'engloutir. Un paquebot au loin. Qui semble toucher cette carcasse qu'il traîne.
Le jeune homme est silencieux. Il l'a toujours été. Depuis l'enfance. Il subit, il encaisse. Sans rien dire. Il voudrait pourtant mais rien ne vient. Comme si son esprit et sa parole étaient en décalage permanent.
La vie passe, mais ne fait que le frôler. Il est invisible aux yeux de tous. De ce conducteur de quad qui fonce sur lui. De cette boulangère qui ne le sert pas. Un funambule qui marche au bord du vide. Et ce n'est pas son séjour familial qui réglera les choses.

Dès les premières pages la noirceur devient compagne de route. On évolue dans une atmosphère pesante. On pressent la douleur infinie qui l'habite. La dépression ancrée profondément. D'où vient-elle ? De loin, de l'enfance. De ce père silencieux alors qu'il en attendait tant, de cette mère qui n'a jamais su que faire de lui, quoi dire. De cette sœur tellement au dessus. De Germaine, sa nourrice qui un jour est partie elle aussi et dont il a perdu la trace.
Un pied dans le réel, un pied hors du temps et des saisons. Déconnecté de ce monde dans lequel aucune place semble ne lui avoir été faite.

“ Quelque chose pèse sur sa poitrine, qu'il ne peut pas identifier, il ne sait pas où appuyer pour que la douleur sorte : c'est un ressort qu'il ne peut pas détendre, alors il le tend. ”

Il faut avoir le moral au beau fixe et un passé bien moins douloureux pour oser plonger au côté de ce jeune homme. Pour être tout à fait franche c'est l'écriture à la fois âpre, aérienne et précise qui m'a incitée à poursuivre, poussée par son souffle, car durant les 84 pages j'avais la gorge nouée, la poitrine oppressée de tant de solitude et d'errance.

Un funambule est une curieuse expérience de lecture. Terriblement sombre, fascinant par sa langue mais profondément glaçant et troublant. Peut-être parce que le funambule est finalement plus proche de nous que nous pourrions le penser ou qu'il met en lumière, un peu trop fort, nos peurs... 

Commentaires

  1. Tu n'as pas l'air 100% convaincue, quand même...

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    1. C'est une très curieuse sensation vraiment. Il est de belles qualités dans l'écriture, la construction, le sujet aussi mais il m'a vraiment trop remué. Impossible pour moi de dire lisez-le ou ne le lisez pas. Disons que pour le lire il faut je pense un sacré moral et surtout une certaine envie de se confronter à la douleur.

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  2. J'avoue, j'avais failli craquer à sa sortie. Mais je lui avais préféré un autre...
    J'avais tellement aimé La Maladroite (qui m'avait presque mise à l'aise vu le sujet) que celui-ci me fait forcément envie. J'aurais très envie de retrouver la plume de l'auteur avec autre chose !

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