La petite famille de Sophie Avon : la débâcle des sentiments

La petite famille
Paru chez Mercure de France - 176 pages

Amsterdam, dans cette ville de lumière où romantisme et fête cohabitent vivent Camille et Ron. Ils ont la jeunesse pour eux, la vingtaine à peine passée quand ils voient leur quotidien changé. Camille a le ventre qui s’arrondit. Si Ron appréhende que l’arrivée de l’enfant change leur habitude de fête, Camille, elle, attend impatiemment l’arrivée de cet enfant, l’évidence de son équilibre de vie. Mais voilà, à l’arrivée de Sacha, les rôles s’inversent. Ron, encore étudiant, jongle entre ces journées à la fac et les tâches ménagères tandis que Camille se laisse aller. Baby blues ? Il se pourrait bien que le mal-être soit plus profond, plus ancien. 

Pour tenter de sortir de cette passe, Camille reprend contact avec Nina, son amie d’enfance restée à Paris. Celle-ci emménage pour quelques temps dans l’appartement de ce couple au bord de l’implosion. Un rayon de soleil pénètre dans l’appartement par la seule présence de Nina. Mais dans cette cohabitation, les frontières se réduisent, Camille reprend sa jeunesse là où elle s’était arrêtée, se met à créer des bijoux pour faire rentrer un peu d’argent, tandis que Nina endosse un rôle qui n’est pas le sien. Les fêtes reprennent. Tout le monde semble y trouver son compte. Mais pour combien de temps ? 

Les indices distillés ça et là par Sophie Avon et les sensations ressenties nous amènent rapidement à comprendre que cet équilibre fragile risque bien de voler en éclats. Dans une atmosphère de plus en plus oppressante, nous devenons spectateur d’une sorte de triangle amoureux qui ne laisse rien présager de bon. On s’inquiète alors pour le petit Sacha et il y a de quoi…
L’auteure fouille avec minutie la psychologie de ces personnages et la complexité des rapports humains. Du désir de devenir mère au rejet. Du désamour à l’ambivalence des sentiments. De la bonté à l’égocentrisme. Oui Sophie Avon y va à fond pour mettre en lumière les incertitudes et les ambiguïtés des sentiments. Elle décortique ces jeunes adultes sous toutes les coutures. Ils deviennent ainsi le reflet d’une génération pressée et persuadée de prendre les bonnes décisions pour trouver cet équilibre tant recherché et combler les manques de l’enfance. 

Si je ne peux reprocher l’audace de ce roman dont la construction est extrêmement bien menée et dont la fin glaçante nous noue les tripes, je n’ai cependant ressenti aucune empathie pour les personnages. Pourtant j’aurais pu, sur certains aspects, me sentir proche de Camille, cette jeune femme déterminée qui ne prend pas toujours les bonnes décisions (et que celle qui n’a jamais pris une décision pensant qu’elle sauverait le peu qu’il y a à sauver lève la main…). Mais non, le manque de maturité des personnages et l’égoïsme constant de chacun d’entre eux m’ont très rapidement exaspérée. Dommage car tous les ingrédients étaient là, dans ce scénario digne d’être adapté sur écran (on peut imaginer qu’il a été travaillé comme tel puisque Sophie Avon est scénariste) : une profondeur, une intrigue psychologique, une fin choc, une écriture fluide et sans fioritures. Et c’est peut-être aussi ce qu’il m’a manqué, un je-ne-sais-quoi dans le style qui m’aurait empêchée de lâcher ne serait-ce que d’une seule minute ces pages, rendant ma lecture aussi haletante que l’histoire le mérite. 

Commentaires

  1. Sans surprise, pas très tentée... Mais pour un premier contact avec ce roman dont je n'ai pas encore entendu parler...

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  2. Plutôt tentée bien que je craigne un peu du "faux "chanson douce"" de Slimani.

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    1. Je n'ai pas lu "chanson douce" je ne saurai donc pas dire. Néanmoins je me demande si "Chanson douce" n'est pas encore plus dur que celui-ci.

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  3. Je passe mon tour, les histoires horribles avec des enfants, très peu pour moi ...

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    1. Je comprends. Cela étant je m'attendais à bien pire finalement.

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