Imago de Cyril Dion : au cœur du sombre conflit israélo-palestinien

Cyril Dion
Paru chez Actes Sud - 244 pages

Si vous avez envie d’une belle histoire, d’une histoire qui se termine bien, d’un roman qui met du baume au cœur pour palier à la morosité du temps, Imago n'est peut-être pas fait pour vous car autant le dire tout de suite, ce roman est pessimiste, sombre. Mais pourtant nécessaire. Nécessaire pour nous ouvrir l’esprit.. 


“ Je n’ai pas d’origine, pas de but. La terre qui devrait me nourrir se désagrège sous mes pieds, est agrippée par d’autres mains, labourée par les chenilles de fer. Le ventre où mes membres ont poussé, où mon corps a baigné, nourri de chaleur et de vibrations, m’est devenu étranger. Je ne possède plus rien qui me rattache, plus de branche à laquelle me suspendre, plus de nom qui puisse me désigner. ”

Ils sont quatre, quatre personnages entre France et Palestine. Nadr et son frère Khalil, Fernando et Amandine. Quatre vies fracassées en petits morceaux, repliés dans leurs souffrances sourdes. Ils avancent en parallèle, seul Nadr et Khalil se croisent réellement et pourtant, ils sont tous liés à jamais, sans parfois même le savoir. 
Nadr et Khalil vivent à proximité de la bande de Gaza. Au milieu des bombes. Au milieu de la haine. De la révolte qui gronde, qui monte, qui oppresse. Au milieu de l’horreur. L’enfer sur Terre. Un conflit flou celui des israéliens et des palestiniens. Des proches qui meurent. Des proches qui pleurent. Si la colère monte dans le cœur de Nadr, il reste malgré tout pacifiste. Mais son frère prend les armes. La vengeance l’anime. Jusqu’à partir à Paris. Pour commettre l’irréparable. 
Fernando travaille au Fonds, il gère les aides accordés aux Etats. Quand il découvre que son prochain dossier traitera d’un financement accordé ou non à la Palestine, s’en est trop pour lui. Il refuse. Et pourtant il sera envoyé sur place. Là-bas au milieu des ruines son enfance et ses difficultés à communiquer avec ses proches remonteront un peu plus à la surface. 
Et puis il y a Amandine, cette femme aux rêves abandonnés, aux illusions trop grandes, qui a préféré fuir la ville pour s’abandonner à la nature. Une femme qui porte en elle de douloureuses épreuves. 
Dans ces pages, se glissent des lettres. Celle d’une mère à qui on a enlevé son fils. On comprendra rapidement qui elle est, qui est ce fils. On comprendra cette blessure qui jamais ne se refermera. On comprendra que les destins sont intimement mêlés…

“ Je n’ai rien à défendre que mes os et la gloire de ma terre. Mais d’autres enfants sauront en entendant mon histoire que la Terre est plus grande que les humains qu’elle porte, que les enfants de Palestine sont plus forts que les chars et les roquettes. ” 
De ces trajectoires que tout oppose, Cyril Dion dessine au travers de ces êtres le monde qui brûle et les vies qui se délient. On observe impuissant ces ombres qui errent, qui se cherchent. Comme eux, on tente de trouver un sens à tout cela. Et pourtant, à aucun moment nous jugeons. On suit Nadr qui se lance à la poursuite de son frère, qui par le voyage tente aussi de trouver les réponses. Ses réponses. On est déboussolé, désorienté comme ce héros. L’auteur nous bouscule, nous sort de notre confort. On cherche, mais quoi ? On cherche qui ? La quête commence quand le premier domino est poussé. 

Habilement, Cyril Dion porte un regard aussi critique qu’engagé sur les politiques. Une fiction basée sur une sombre réalité qui ne laisse peu voire pas du tout de place à l’éclaircie. Et pourtant, il s’y dégage une humanité intense, frappante. Et c’est dans cette humanité profonde que l’on trouve la lumière. Celle qui nous fait dire que cela vaut encore la peine de se pencher sur le cœur de l’Homme et de l’écouter battre.  
“ Parmi les visages roses, la foule molle, je te cherche. Sans le secours des mots. Sans la moindre indication de là où tu vis. De ton apparence. Dans ce monde vulgaire, opulent, dont je ne fais pas partie. Pourtant une part de moi le voudrait. Pour comprendre qui tu es. Qui je suis. Comprendre pourquoi d’autres rêves me traversent […] ”

Commentaires

  1. En commençant la lecture de ton billet, je me suis effectivement dit "Attention, livre lourd, voire plombant" (ceci dit, je n'ai rien contre, il faut juste bien choisir son moment). Mais finalement, il semble y avoir de la lumière au bout... Alors, pourquoi pas, d'autant que ce n'est pas le premier billet enthousiaste que je lis.

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    1. Je ne dirais pas qu'il y a de la lumière au bout ... Mais les portraits dressés sont touchants et bourré d'humanité derrière l'horreur. Mais oui je te confirme il faut choisir son moment pour le lire.

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