L’amour est une maladie ordinaire de François Szabowski : l’amour, cet égoïsme !

François Szabowski
Paru au Tripode en août 2017
280 pages

Je crains toujours lorsque j’ouvre un roman qui parle d’amour. Thématique universelle, tellement universelle qu’elle peut vite faire redondance avec d’autres œuvres mais Le Tripode est connu pour sa ligne éditoriale qui sort des sentiers battus, un peu décalée, c’était l’occasion de le vérifier avec L’amour est une maladie ordinaire.

“ L'amour ne fonctionne que sur l'absence, la conscience permanente de sa mortalité ; de la même manière que c'est parce qu'il sait qu'il est mortel que l'être humain réussit à prendre plaisir à la vie. ” 

L’amour donc, que ne ferions-nous pas pour le conserver toujours auprès de nous ? Garder la flamme toujours bien allumée, continuer de voir l’étincelle dans le regard de l’autre, sentir le désir des premières rencontres même après des années de vie commune. Bref, trouver la recette miracle au bonheur éternelle, jusqu’à ce que la mort nous sépare etc etc. C’est bien joli, mais soyons réaliste c’est plutôt idéaliste, et quand on connaît, dans notre société actuelle, le nombre de divorces on ne peut pas vraiment dire que c’est de la tarte. Et ça notre héros, qui se nomme François (par pure coïncidence n’est-ce pas), l’a bien constaté. Il faut dire qu’il en a connu des peines de cœur mais un jour il a rencontré Marie, avec elle c’est l’entente parfaite, l’éclate de jour comme de nuit. François aime Marie et Marie est amoureuse de François. Lorsqu’il a pris conscience de ce dernier paramètre, notre héros (qui est plutôt un anti-héros, vous comprendrez vite pourquoi) commence à paniquer. Son histoire avec Marie est au sommet, en pleine gloire alors forcément il ne peut que s’effriter désormais. Il en est convaincu, Marie finira par s’agacer de ses défauts, ne plus rire spontanément à ses plaisanteries, ne plus frémir sous ses doigts. Et ils finiront par se quitter, comme tant d’autres. Vous le voyez poindre ce moment où ça va partir en vrille ? Vous aurez raison ! François a une brillante idée pour que leur amour reste toujours à son apogée. Pour qu’elle se souvienne à jamais de lui. Pour qu’elle n’aime jamais aucun autre comme elle l’aime lui. Il faut qu’il disparaisse. Pas en quittant Marie, elle souffrirait bien sûr, mais finirait par tourner la page. Non. Il faut qu’il meure. 
“ Si je disparaissais maintenant, aucun des hommes qu'elle connaîtrait par la suite ne serait jamais à la hauteur, en comparaison avec moi, et avec notre histoire. Ils commettraient tous l'erreur de rester vivant, et feraient subir à leur amour la patine du temps. Oui. Mourir était la seule chose à faire pour que notre amour dure éternellement. ”
Sauf que bien sûr il n’a pas vraiment envie de mettre fin à ses jours. Il veut encore pouvoir ouvrir les yeux, ressentir, jouir de la vie. Alors il va décider de faire croire à sa mort. Avec le recours de son ami Didier, un ex-SDF qui suite à un accident a perdu la mémoire, il va manigancer sa mort. 

Ni une ni deux, après son enterrement, François se métamorphose. Il change de look, déménage, évite les quartiers dans lesquels lui et Marie avaient leurs habitudes. Nouveau look pour nouvelle vie en somme … pendant qu’elle souffre, pendant qu’elle le pleure. 
Ainsi, notre anti-héros reprend le cours de sa vie, sous une nouvelle identité puis rencontre d’autres femmes qu’il aime, qui l’aiment. Et c’est reparti pour un tour, pour une mort. Toujours avec la complicité de Didier qui ne cautionne pas et qui peu à peu commence à prendre ses distances. Rien ne l’arrête, il est prêt à tout pour rester éternel dans le cœur de ses belles. Tellement prêt à tout qu’à vouloir devenir un autre, il se pourrait bien que François disparaisse peu à peu... Alors comment va-t-il pouvoir continuer à profiter de sa petite vie ? Deviendra-t-il invisible ? Le vent ne risque-t-il pas de tourner ?

“ Je me suis mis alors à repenser à plusieurs moments de ces dernières semaines, où j'avais été surpris par la façon dont les gens se comportaient avec moi. [...] Jusqu'à cet homme, la veille, dans le métro, qui s'était assis sur mes genoux sans remarquer que la place était prise, et qui s'est excusé, confus.”

Souvenez-vous de ces paroles du premier acte de Carmen « Mais si je t’aime, si je t’aime prends garde à toi », voilà qui résume parfaitement ce roman aux situations totalement rocambolesques.  
Soyons clairs, je pense qu’il n’y a pas grand monde qui souhaiterait croiser cet homme égocentrique. Un homme tellement prêt à tout pour se satisfaire et être aimé qu’il est capable de détruire ce qu’il a construit, de mettre en danger ses amitiés et de mentir sans scrupule. Bref si un jour vous rencontrez un François, fuyez ! 
Et pourtant, si le trait est grossi, François Szabowski nous livre une critique bien réelle de la stupidité de l’homme à travers un humour décapant, caustique, parfois noir. Il met le doigt sur ce besoin humain, conditionné par la société, d’être vu, d’être aimé sinon apprécié quitte à devenir une personne sans plus aucune éthique. Et le rire franc se transforme en rire jaune. La comédie absurde vire à la comédie dramatique. Celle de ce monde qui nous entoure, dans lequel on déambule, à la recherche d’un regard, d’une caresse, d’une attention. Une comédie dramatique qui met en scène nos désirs, nos espoirs, nos rêves impossibles. Petit miroir qui reflète notre peur de la solitude et du désamour. Mais qui reflète aussi brillamment notre égoïsme profondément humain. 

Une vraie belle découverte donc, percutante. Bourrée d’humour, pleine de sens et d’intelligence.

Une lecture accompagnée de …

Une bonne vodka ! Non alcoolisé ? Bon alors prenez un thé, mais épicé type Chaï Impérial composé de cannelle, gingembre, baies roses. Côté musique :
Dance little liar par Arctic Monkeys
Say Goodbye par Norah Jones
Paper Aeroplane par Angus & Julia Stone
Little lion man par Mumford & Sons
R U Mine ? par Arctic Monkeys
Palladium par Brigitte
Loser par Beck

Commentaires

  1. Comme toi, je me méfie des romans d'amour, qui peuvent vite virer cucul. Mais celui-ci semble intéressant...

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  2. Rien qu'avec une couverture pareille, celui-là je le vois partout ! (ou ce n'est qu'une impression ?)

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    1. Oh je n'ai pas l'impression de le voir si souvent que cela mais c'est vrai que la couverture est marquante, je te l'accorde

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  3. En tout cas, ta chronique donne envie de s'y plonger. Puis alors, ta playlist elle frôle la perfection !

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    1. C'est vraiment une chouette découverte il pourrait te plaire je pense. Mais le prochain que je chronique, devrais te plaire encore plus (poésie oblige dans ses pages).
      Merci pour la playlist, ravie qu'elle te plaise :-)

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