« Je me promets d’éclatantes revanches » de Valentine Goby : merveilleux hommage à Charlotte Delbo

Je me promets d'éclatantes revanches
Paru le 30 août aux éditions de L'Iconoclaste
192 pages

“ La lecture toujours convoque le lecteur et sa propre histoire, en ce sens le lecteur coécrit en permanence avec l'auteur, il n'est pas indemne de lui-même en situation de lecture et toute littérature résonne singulièrement dans sa chambre d'échos.” 

Je fais partie de cette génération dont Charlotte Delbo était inconnue ou presque. Les programmes scolaires ne parlaient pas d’elle (j’ignore si cela a changé). C'est en filigrane que je l'ai découverte, entre autre dans le roman de Geneviève Brisac Vie de ma voisine qui l’évoque avant de centrer son histoire sur Eugénie Plocki (qui a bien connu Madame Delbo). 

Déjà alors j’avais entendu le nom de Charlotte Delbo. Ainsi piquée par la curiosité, je me suis renseignée sur son histoire, sa douloureuse histoire. Mais avec "Je me promets d’éclatantes revanches", Valentine Goby m’a dévoilée, à travers ce bel hommage qu’elle lui rend, sa littérature qui m’est encore inconnue mais un peu moins grâce à elle.
“ Pendant la lecture, des têtes s'étaient relevées. J'ai su au silence qui a suivi, à l'immobilité des jeunes filles, qu'une grâce les avait touchées, qu'elles avaient entendu les images et l'appel au corps de Charlotte : on avait pulvérisé le mot soif, substitué aux images familières des images et sensations nouvelles, on avait essayé de regarder, selon l'injonction de Charlotte Delbo, et on avait vu quelque chose. Une fille a hoché la tête. Une a demandé combien coûtait le livre. Une autre qui était Charlotte Delbo.”
Dans ce récit intime, Valentine Goby hisse vers la lumière Charlotte Delbo, elle évoque son histoire qui l’a poussée à découvrir cette force de la nature, mais aussi cette plume qui l’a tant touchée et nous transmet cet amour avec la sienne. Avec justesse et passion. C’est à cœur ouvert, parfois à corps perdu que j’ai plongé dans le portrait d’une femme libre, hantée mais joyeuse.
Et si l’hommage est au cœur de ce récit, l’auteure signe également une œuvre complète alliant devoir de mémoire et enseignement. Un enseignement qui nous fait assurément prendre conscience que la littérature et les mots peuvent être salvateurs, comme ils l’ont probablement été pour Charlotte Delbo.

Ainsi, Valentine Goby redonne voix aux œuvres de la vie de Charlotte Delbo et lui redonne vie face à l’oubli de notre siècle. A travers ce récit qui s’ancre en nous comme un tatouage, elle livre un petit geste pour justifier la grandeur qui définit Madame Delbo et lui apporte une éclatante revanche. 
“ L'écriture épuise la sensation, dessèche l'expérience en images indolores. ”
J’ai désormais deux souhaits : que ce livre soit mis entre les mains de notre jeunesse (et pas que), pour qu’elle puisse découvrir l’immense talent de ces deux femmes, et que contrairement aux livres de Charlotte Delbo, « Je me promets d’éclatantes revanches » soit par la suite édité en format poche pour porter à la connaissance de tous la voix de celle qui fut incontestablement une grande dame.


Une lecture dans le cadre de ma sélection rentrée littéraire 2017 comprenant également : 

Un funambule sur le sable de Gilles Marchand
Le camp des autres de Thomas Vinau
Pour te perdre un peu moins de Martin Diwo
Système d'Agnès Michaux
Les jouisseurs de Sigolène Vinson
Demain sera tendre de Pauline Perrignon
La ville sans juifs de Hugo Bettauer
Le livre que je ne voulais pas écrire de Erwan Larher
L'invention des corps de Pierre Ducrozet
Ces rêves qu'on piétine de Sébastien Spitzer
Et bien d'autres encore ...

Commentaires

  1. Voilà qui serait pour moi une belle occasion de faire connaissance avec Valentine Goby !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je n'avais encore jamais lu Valentine Goby, c'est une très belle lecture pour faire sa connaissance.

      Supprimer

Publier un commentaire

Articles les plus consultés