[Autour des livres] Vos ivresses littéraires - Vincent du blog Le petit poucet des mots



Chaque mois, vous retrouvez les ivresses littéraires d'une blogueuse ou d'un blogueur (mais pas que) qui vous parlera de ces livres qui l'ont particulièrement marqué(e). De quoi vous donner envie je l'espère de découvrir de nouveaux titres.


Comment définir Vincent à l'heure où le terme de virus, microbe etc pourrait être mal interprété ?  Le confinement actuel n'aura pas raison de la finesse et du tranchant de cet homme-là. Il grince des dents, il grogne parfois mais ne mord pas, il est parfois obsessionnel (Maurice...) et... il sait même se laisser aller à la tendresse (pas trop souvent tout de même). Bon vous savez ce qu'on dit, qui aime bien... C'est le cas pour moi avec Vincent, parce qu'il est brut, franc, entier. Et c'est assez rare pour être souligné.
Assez parlé, je lui donne la page pour vous parler de ses ivresses.


⬥ Si tu devais choisir un livre trop peu mis en avant (récent ou non) ?

Les Saisons de Maurice Pons. Lu très récemment pour ma part et ce fut un vrai choc cette année tant ce roman culte brasse dans une ambiance totalement glauque la presque totalité de la nature humaine dans ce qu’elle a de plus beau et de plus sombre également. Siméon arrive un beau jour au fond d‘une vallée dans un pays inconnu. Soit il y pleut, soit il neige à plein ciel et gèle à pierre fendre. Le héros va tenter de s’intégrer à ses risques et périls à la communauté totalement ensauvagée qui vit là. C’est terrifiant, glaçant, extrême. Il y est d’ailleurs question d’hygiène intime à base de grenouilles. Bah quoi ? Roman culte, paru il y a près de 55 ans … Inclassable. Un roman unique qui change une vie de lecteur si l’on peut dire !


⬥ Un livre à offrir à un(e) ami(e) ou un(e) inconnu(e) ? (Au choix)

Réponse logique ! Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig. L’immense auteur autrichien livre dans ce chef d’œuvre toute la quintessence du très grand livre d’amour, peut-être l’un des plus beaux de la littérature. Dire en moins de 150 pages sur la passion et le désir autant que d’autres auteurs français ont mis 500 pages à nous démontrer laborieusement. C’est ça le génie de Zweig : l’économie de moyens pour dire l’essentiel et bien plus sur toutes ces petites tracasseries du cœur, avec une acuité psychologique totalement inouïe. On touche ici à l’histoire d’amour dans ce qu’elle a de plus simple et de plus intense à fois. Cela tient du pur prodige de faire rentrer une telle ambition en si peu de pages. Celui-ci est évidemment l’une de ses plus célèbres, mais il a été incroyablement prolifique toute sa vie durant donc on peut piocher dans sa bibliographie au hasard ça marche à tous les coups. Tu savais que c’était l’auteur étranger le plus lu en France ?


⬥ Un livre pour convertir ceux qui lisent peu ou pas du tout ?

Notre plus jolie bataille à tous non ?
Sans hésiter En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut, un roman vraiment fou, beau et drôle. L’histoire d’un enfant qui doit supporter l’amour fou de ses parents qui ne le sont pas moins. Un oiseau géant qui vit dans le salon, un château en Espagne, un enlèvement dans un hôpital psychiatrique, tout cela entre rires et larmes 250 pages durant. Un premier roman qui a rencontré à juste titre un succès important et certainement l’un de ceux que j’ai le plus offert ces dernières années.


⬥ Le livre qui a tout déclenché ?

Question très compliquée ! J’ai le souvenir de mon premier roman d’aventures qui devait être l’Ile au Trésor de Robert Louis Stevenson, de ma première fresque romanesque avec Les Misérables de Hugo. J’ai eu la chance d’avoir des professeurs de français au collège et au lycée tous plus exceptionnels les uns que les autres (ce qui ne les a pas empêchés de me mettre des sacrées taules, au contraire !). Ils ont su parfaitement « allumer la mèche et jeter les premières bûches … » : donc le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier, l’Enfant et la Rivière d’Henri Bosco, et tant d’autres m’ont fait basculer assez vite du côté obscur des boulimiques du papier. Disons que ce n’est pas un livre en particulier qui m’est tombé dessus mais plutôt toute la bibliothèque …


⬥ Le livre qui te hante encore aujourd’hui ? 

Découvert très récemment, incontestablement il s’agit de Les mains du miracle de Joseph Kessel. Le plus délirant roman autobiographique que j’ai lu jusqu’ici. L’histoire vraie du docteur Felix Kersten qui de 1938 à 1945 fut le kinésithérapeute d’Heinrich Himmler le numéro 2 du IIIème Reich et utilisa le pouvoir magique de ses mains pour accomplir l’impensable, l’inimaginable : arracher à une mort certaine des dizaines de milliers de prisonniers des camps. Un destin incroyable, une simplicité hors norme, un courage de feu. L’Histoire a peut-être un peu oublié ses exploits, mais Kessel avec son talent de conteur d’exception lui offre une stèle de papier absolument fabuleuse, à la hauteur des services que ce brave type bonhomme et gourmand a rendu à l’humanité. Je ne l’ai fini qu’il y a quelques jours mais je sais qu’il va longtemps, très longtemps, m’accompagner.


⬥ Si tu devais choisir ta propre question qui ne figure pas dans cette liste, laquelle serait-ce et pour quel livre ?

J’ai la chance (et surtout le plaisir !) de beaucoup participer à la vie de ma librairie de quartier, et j’avoue qu’une des questions récurrentes des lecteurs c’est « est ce que vous avez un livre drôle ? », et ce n’est pas si simple à trouver finalement. Sans hésitez je répondrais Vous plaisantez Mr Tanner de Jean-Paul Dubois, récent lauréat du prix Goncourt. J’ai encore le souvenir des larmes de rire devant un wagon de RER médusé. L’histoire toute simple d’un brave type, le double de l’auteur, qui hérite d’une maison dont il ne veut pas et finit pas se résoudre à entreprendre des travaux. Vont alors défiler une galerie de personnages totalement frappadingues (narrateur inclus). Le livre à offrir à quiconque entame des travaux chez lui.
Si on veut rire aussi, tu le sais, on ira chercher vers Arnaud Le Guilcher si on aime les univers loufoques et sérieusement abîmés du casque. Ou chez le maestro du genre qu’est le regretté finlandais Aarto Paasilinna.

Sinon j’aurais bien aimé la question « Le livre pour caler une armoire ou allumer un feu » et là j’avais plein d’idées, mais bon, hein…


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Commentaires

  1. Très jolies réponses. Mais bon, je ne suis pas surprise ;-)

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    1. Mais y a pas de femmes !! Bon d'accord elles sont belles ses ivresses

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  2. J'adore! Il a tout à fait raison avec Paasilinna, j'en ai quelques uns à la maison et j'adore.

    Il me donne envie d'aller voir du côté de Kessel.

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    1. Je crois que j'en ai un aussi dans la bibliothèque. Il va encore m'engueuler de ne pas l'avoir lu.

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  3. Caler une armoire... Il est bourré ou quoi ? ;-)

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