Des histoires pour cent ans de Grégory Nicolas : tendre humanité

Des histoires pour cent ans
Paru aux éditions Rue des Promenades - 288 pages
et en poche chez Pocket en mars 2020 - 224 pages

Des histoires pour cent ans. Nos familles n'en sont-elles pas constituées ? Il y a celles que l'on ignore, celles que l'on tait, celles que l'on sait. Il y a les douces et les moins douces...


“ Le mensonge qui s'émiette petit à petit, comme le pain rassis qu'on donne aux moineaux. ”

Il y a Pierre qui a vu son frère Julien partir pour éviter la guerre. Pierre, qui à peine sorti de l'adolescence et de la guerre traversera la Bretagne en vélo pour le retrouver.
Il y a la belle Perrine, tondue, tabassée, marquée pour collaboration horizontale. La violence qui s'abat après des années d'Horreur. Perrine qui fuit les mains trop grandes, trop sales, d'un homme. Celui qui l'a élevée...
Il y a Marcel et Marthe qui ont fui leur région, un bébé sous le bras. En pleine guerre. Ils trouvent refuge dans un village isolé de la Sarthe. S'y installent un temps. Puis après des années repartir, tout quitter, le moulin, les amis, le travail. Rejoindre en Bretagne la famille. Travailler à l'usine quand on a connu que la terre. Devenir père. Devenir mère alors qu'on n' y parvenait pas. Pourtant il y a le bébé, qui depuis a bien grandi...
La vie... la vie vous savez rattrape toujours... Successions de malheurs-bonheurs.

“ Perrine se lève. Elle marche comme ces femmes à qui ont a ouvert le ventre en deux pour retirer un fœtus mort avant qu'il ne pourrisse en elles. Elle tient de l'avant-bras et d'une main ses seins lourds et doux, cache maladroitement, de l'autre, les poils de son sexe. Et elle traverse le port à petits pas. Et elle tremble comme les marins perdus qui font la planche sous les étoiles et qu'on retrouve après des heures passées dans de l'eau glacée. L'air ne rentre plus comme il devrait en elle. Son cœur boite. ”

Et puis, deux générations plus tard, une autre guerre semble poindre. Les civils dans la rue autant que l'armée, les restrictions, interdiction, couvres-feux. Les craintes et les convictions. La guerre intérieure d'un mal qui ronge. L'amour au milieu des brasiers. L'amour filiale, l'amour tout court. Ève, Matthieu et Marc. La descendance. Et ces histoires qui se délient, se rassemblent. L'importance de la transmission pour bâtir leur avenir. Trouver leur chemin. Se montrer à la hauteur de ces histoires pour cent ans.

“ Cette violence, Ève la porte en elle quelque part, elle le sait, elle la sent. Elle apparaît à la sauvette dans les joues qu'elle serre entre ses dents, dans un poing qui se ferme et ses ongles qui griffent sa paume, ou dans les chagrins incontrôlables qui la submergent comme sont submergées les digues trop faibles par les coups de tabac de l'hiver. Elle est goulue cette violence. Elle voudrait manger Ève tout entière. ”

Ce livre attendait sur mes étagères depuis trop longtemps. Le confinement fut une occasion parfaite pour le découvrir. Dans ce roman à la construction extrêmement bien ficelée et maîtrisée, Grégory Nicolas nous dresse des portraits tendres et riches. Ceux de plusieurs familles et celui d'un pays secoué. Sans tomber dans le pathos. Au contraire, chacun des protagonistes est un héros, ordinaire certes, mais un héros qui façonne, modèle sa vie à son image, avec ce que les épreuves, la transmission et les liens familiaux lui auront offert.

Je ne peux que vous recommander de découvrir ces Histoires pour cent ans pour lesquelles il est bien difficile de ne pas être touché(e). Touché(e) par ces vies là, ces histoires là, cette écriture là. Qui en tout point, célèbre la vie, et le combat pour la vivre.



Des histoires pour cent ans de Grégory Nicolas
Paru en poche aux éditions Pocket

Commentaires

  1. Pas sûre d'être très attirée par le sujet, mais la couv est extra en tout cas !

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    1. ah je savais que tu dirais cela sur le sujet. Pas sûre effectivement que ça te corresponde

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  2. Des histoires de familles qui pourraient me plaire.

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  3. Selon les plumes qui les portent, les histoires de famille arrivent à me plaire et me bouleverser. Je me dis que pourquoi pas...

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    1. Alors j'ai tendance à avoir la sensation de vu et revu (lu et relu) avec les histoires de famille, saga familiale ou que sais-je mais celui-ci a vraiment su me cueillir.

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