Monologues de l’attente d’Hélène Bonnaud : décortiquer l’inconscient

Monologues de l'attente
Paru aux éditions JC Lattès - novembre 2019
250 pages

Une lecture qui tombait à pic en ces vacances d’hiver où j’avais envie d’explorer ces regards, ces attentes, ces recherches de réponses à travers divers portraits. Et si je les ai aimé, parfois compris, je reste néanmoins un peu sur ma faim.


“ Nous sommes des à-côtés de l'amour, des à-côtés de la vie aussi sans doute. ”

Et si la psychanalyse démarrait avant d’entrer dans le cabinet de l’analyste ? Et si elle démarrait dans la salle d’attente ? Ce lieu où mille pensées, mille cheminements fusent. Mille paroles imaginées que l’on prononcerait à son analyste ou à lui, à elle, qui nous rendent la vie plus ou moins difficile. Ou aux fantômes du passé. Au père, oui, pourquoi pas au père. Car il est souvent question de cela dans ces sept monologues. D’enfance qui marque. Qui craque. Qui obsède. Qui se transmet de génération en génération. Comme un poids que l’on porte. 

Sept monologues pour sept personnages et sept salles d’attente. Hommes ou femmes, mariés, amants, célibataires, se dressent entre ces pages des portraits aussi variés que ceux que nous pourrions nous-même être ou croiser dans ces salles. Perdus dans leurs monologues. Retraçant leur histoire, leurs douleurs, leur mal-être, le chemin parcouru, le pourquoi du comment, ou parfois simplement le pourquoi. Pourquoi ces obsessions ? Pourquoi ces sensations d’infériorité ? Pourquoi ces névroses ? Pourquoi ce besoin de fuir et fuir quoi ? Comment, à quel moment tout cela à démarrer ? Chacun explorant les méandres de ses pensées. Jusqu’à parfois parler à voix haute. Jusqu’à parfois oublier le temps. Jusqu’à parfois faire écho à l’actualité avec en trame de fond un fait divers terrible que tous on suivit. Pourquoi ce fait les obsède-il tant ? Seraient-ils capables de cela, eux, qui attendent que la porte s’ouvre ?

“ Mon père aimait me faire honte, à tout bout de champ, comme s'il ne voyait en moi qu'un objet à repousser, presque à vomir. J'ai passé assez de temps à analyser la dimension destructrice de ma relation avec lui. Aujourd'hui, je préfère ne plus y penser. Le chemin a été si long pour avancer, accepter d'être un fils qui ne satisfait pas son père. Un père qui ne peut pas voir son fils sans exprimer à quel point il ne le trouve pas assez intelligent, doué, fort, intéressant, digne de lui, etc. ”

Hélène Bonnaud, psychanalyste de métier, nous entraîne dans les divagations de Paul, Aurélie, Sandra, Daniel, Louise, Céline et Laurent et à travers eux dans la complexité des sentiments et des émotions humaines. Inévitablement, le lecteur pourra à un moment ou à un autre s’identifier à l’un d’entre eux. À leur histoire, leur rancune, leur douleur et leur cri. Et ça, Hélène Bonnaud parvient à les retranscrire merveilleusement bien. On plonge sans peine dans les tourments qui les agitent. Dans ces instantanés de vie et d’attente, dans ces interprétations ou ces supputations. Dans ces pages pleines de vérités. 

Malgré cela, un point particulier m'a gênée : à chacun de ces monologues, on y croise Freud et Lacan en référence - rassurez-vous ce n’est pas un livre sur la psychanalyse pure - comme si l’auteure ne pouvait s’empêcher d’expliquer et justifier chaque vagabondage d’esprit, chacune des réflexions et expériences de ses sept personnages. Combien connaissent Freud et Lacan lorsqu’ils suivent une psychothérapie ? Certes c’est intéressant pour comprendre certaines émotions mais l’idée première de laisser s’exprimer des hommes et des femmes qui se prêtent à l’analyse s’en trouve à mon sens compromis. Et c'est vraiment dommage car Monologues de l’attente renferme de très bons passages mais j’aurais je crois préféré simplement me laisser porter par ces voix intérieures, avec un peu plus d’épaisseur et sans chercher à tout analyser avec les fondements de la psychanalyse.

“ Un cri n'a rien à voir avec la voix. Un cri, ça vous traverse le corps, c'est l'en-deçà de ce qui peut s'articuler, c'est quand il n'y a plus de mot pour dire quoi que ce soit. Le cri, c'est ce qui survient quand vous êtes au plus loin de votre existence, quand elle vous quitte, ou vous éclate à la gueule. ”


Monologues de l'attente d'Hélène Bonnaud
Paru aux éditions JC Lattès  

Commentaires

  1. Pas vraiment tentée malgré le bien que tu en dis.

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    1. Alors au suivant :) on ne peut pas toujours être tenté et tant mieux.

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  2. Bon, ben, moyennement tentée, quand même... Il faut dire que je t'ai connue nettement plus enthousiaste.

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    1. Franchement très frustrant car il y a des passages qui sont d'une telle justesse, qui m'ont vraiment chopée au cœur mais ce truc là de toujours en revenir à Freud et Lacan ça m'a gâché l'ensemble.

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