Du tout au tout de Arnaud Le Guilcher : une satire brillante et habilement maquillée de surréalisme

Du tout au tout Arnaud Le Guilcher
Paru le 4 janvier aux éditions Robert Laffont
320 pages

Alerte ! Roman à lire absolument ! 

La rentrée de janvier s’annonce excellente. Et ce n’est pas le dernier roman d’Arnaud Le Guilcher qui me fera dire le contraire. A peine avais-je lu les trois premières pages que j’avais envie de me ruer sur les 317 autres et de vous en parler.
Alors en route pour un roman intelligent et jubilatoire ! 


Prénom : Pierre
Nom : Pierre
Caractéristiques particulières : homme hyper sensible qui fond en larmes face à la beauté quelle qu'elle soit. Est incapable de courtiser et devient gauche. Ne sait pas faire de patins à roulettes ni même prendre un tire-fesses. (Oui, Pierre Pierre est un peu mon jumeau sur tous ces points et alors ?).
Lieu d’habitation : un appartement rempli de livres, musique etc, et d’un chat nommé Mohair. Une boule de poil davantage pull de poil qui grossit lorsqu’il est ému et rétrécie fortement en cas de stress intense.
Passion : la musique et en particulier Jacques Rel (non non, aucune faute n’est à souligner) 

« Dans ces rayonnages, j’avais aligné les disques ou les films qui me faisaient vivre plus fort, les romans et les monographies d’artistes qui avaient changé ma vision du monde.
Ma piaule était une chapelle dédiée à mes êtres humains favoris. C’était un sas, un cockpit aux creux duquel je faisais des voyages insensés. Quand j’en sortais pour aller chez Poséidon, c’était toujours bizarre. C’était comme s’extraire d’une zone protégée pour affronter un monde sans pitié, infesté de laideur et de haine. Ce qui me frappait le plus hors de ma bulle était l’absence de couleurs. La ville paraissait dessinée au charbon et fusain, dans des nuances de gris et d’anthracites plus ou moins profondes. »

Un jour alors qu’il est assis sur un banc dans un parc magnifique où faune et flore vivent en parfaite harmonie avec les clodos qui sentent bons et les femmes qui se baignent nues dans la fontaine, il rencontre César De la Mer, l’homme qui est à la tête de Poséidon, une entreprise qui repère et produit les talents. César détecte immédiatement celui de Pierre et décide de l’embaucher. Sa mission puisqu’il l’a acceptée est de dénicher un futur talent. Celui d’une voix. LA voix. La trouver et la produire. Dans les locaux de cette entreprise, il fait bon vivre et Pierre prend très à cœur son job même s’il peine à trouver cette perle. Evidemment le miracle aura lieu lorsqu’il rencontrera par hasard Muriel, une peintre en bâtiment pour le moins créative. Bref Poséidon c’est un peu le paradis sur terre. Le Disneyland pour adulte. Seule ombre au tableau, la DRH qui au premier abord semble plus proche du D de dictateur que de directeur. Mais ce n’est rien comparé à ce qui attend toute l’entreprise lorsque le géant tous secteurs confondus – Vulcain – rachète Poséidon. 
Peu à peu tout ce beau monde va voir son environnement changé, l’entreprise au milieu d’un havre de paix va voir le beau béton gris, puant et sans âme prendre place. Ô joie de l’urbanisation ! Mais le pire est encore à venir. Les deux zigotos à la tête de Vulcain sont à peu près aussi sympathiques que Trump et Poutine réunis ou Trump, Poutine et Kim Jong-Un en train de boire un verre de l’amitié. Remise en place du management pyramidal. Restrictions. Rentabilité. Utilisation à gogo des datas. Mails à toute heure du jour et de la nuit. Alors jusqu’où Vulcain est-il prêt à aller pour dominer le monde ? Jusqu’où la brèche s’ouvrira-t-elle ? 

Je pense que je n’avais pas ri comme ça avec un roman depuis cet été. Et je suis extrêmement heureuse que ce soit avec celui d’Arnaud Le Guilcher car il m’a été chaudement recommandé en librairie, mais aussi car c’était mon premier test avec l’auteur et une telle entrée en matière me fait d’ores et déjà dire que l’essai est concluant ! 

« - T’en as parlé à Pérol ?
- Bien sûr. Il m’a dit qu’il comprenait mon claim et qu’il allait faire un benchmarking avec les autres filiales du groupe. S’il estimait que j’avais besoin d’helpers, il me ferait un feedback.
- Et donc ?
- J’attends de savoir ce que ça veut dire… » 

Du tout au tout est un roman clairement jubilatoire par son humour et sa fantaisie décalés. L’auteur nous embarque dans un univers atypique s'approchant du monde idéal avant de laisser la place à un sombre tableau du monde du travail, du burn-out, de la pression professionnelle quotidienne, de l'hyper connectivité qui prend le pas sur tout. Mais c’est aussi un doigt pointé vers le capitalisme, vers cette société de faux-semblants et du consumérisme dégueulant à outrance qui ne laisse plus sa place à la création et surtout à la liberté de création. Poussé à l’extrême, Vulcain devient la source du chaos et de la dictature, à vous en coller des frissons. « C’est le triomphe de la déraison sur la raison. La folie comme ligne de conduite. Comme moteur. » 

Ce roman est sans conteste un page turner, écrit avec beaucoup d’humilité mais à mon sens brillant et intelligent. Les phrases font mouches, raisonnent dans notre tête, nous font rire aux éclats. On peine à le lâcher, on voudrait prolonger l’instant avec Pierre, Mohair, Muriel, Isis, et tous les autres. C’est une satire habilement maquillée de surréalisme et il serait dommage de passer à côté d’une telle réussite.
Alors ... Vous savez désormais ce qu’il vous reste à faire !


Commentaires

  1. Je prends enfin le temps de commenter. Je l'avais repéré aussi, plein de thèmes que j'affectionne et dès que ça part dans l'absurde ou le surréalisme, j'adore. C'est sûr je le lirai.

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    1. Tu vas l'adorer j'en suis certaine. On s'en reparle :)

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  2. Réponses
    1. Oh oui note, note. Il est vraiment excellent. Je m'en souviens comme-ci je venais de le refermer à l'instant.

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  3. Il m'a l'air drôlement farfelu ce bouquin !
    Pourquoi pas, mais il faudrait que je sois dans le bon état d'esprit pour le lire, sous peine de passer complètement à côté !

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