Cox ou la course du temps de Christoph Ransmayr : et si le temps était conté ...

Christoph Ransmayr
Paru en août aux éditions Albin Michel
336 pages

“ Et celui qui se livre tout entier à sa propre imagination, à ses créations, à son enthousiasme, pour lui le soleil se lève et se couche sans même qu'il ait remarqué sa course. ”
XVIIIe siècle, Alister Cox est le plus célèbre horloger de son temps. Si doué que l’Empereur de Chine Qianlong requiert ses talents pour une série de création d’horloges unique au monde. Il accepte la mission alors qu’il n’a pas touché à une horloge depuis des mois, depuis la mort de sa fille Abigaïl. Une blessure vive qui a arrêté le cours de sa vie. Entouré de ses fidèles partenaires, Cox va découvrir un pays aux coutumes bien éloignées de celles d’Occident et un empereur à la hauteur de sa démesure : despotique, collectionneur de femmes dont une en particulier qui rappellera à Cox le souvenir de sa fille et de Faye, sa femme, devenue muette depuis la mort de leur enfant.
Après ces horloges qui rendent compte des instantanées de vie, cet homme qui règne avec une main de fer sur la Chine souhaite que l’horloger-joailler lui construise un objet unique, l’horloge éternelle. Cox imagine alors une horloge fonctionnant sans aucune assistance. Une horloge qui continuera à écouler le temps, siècle après siècle.
“ Cox n'accédait chaque jour à une vie meilleure, après son réveil, que lorsque la pensée d'Abigaïl et de Faye venait à le frôler, à le remplir - et à déclencher le mécanisme nécessaire à la poursuite d'un projet, à l'exécution d'un plan ou d'une commande impériale, qui le maintenant d'heure en heure en état d'avancer, de respirer, de parler, de se taire ... ”
Cox ou la course du temps est tout simplement un voyage au cœur de l’imaginaire. Dès la lecture du titre, on sait que l’on plongera dans un univers hors du commun.
Si Christoph Ransmayr se base sur un empereur ayant réellement existé et un horloger mi-réel, mi-fictif, le dépaysement est total. J’étais d’abord sceptique, car ce n’est pas vraiment mon genre ni mon époque préférés en littérature mais finalement l’auteur a réussi à m’embarquer dans un monde où le temps était comme suspendu. J’avais la sensation que les minutes s’étaient arrêtées, seules les pages tournées me rappelaient au temps. J’ai été happée par l’aventure, par la minutie des détails apportés à l’art et la technique mais aussi par les descriptions à la fois cruelles du despotisme et incroyablement belles des costumes et des paysages. Moi qui ne suis pas franchement attirée par la Chine, j’aurai presque envie de m’y rendre grâce au talent dans la plume de Christoph Ransmayr.
Ce roman est une véritable contemplation d’une époque, d’un métier et du temps, thème central avec lequel les personnages vont tenter de jouer mais aussi de l’appréhender. Et le temps comme outil deviendra également un pansement pour Cox, avant de devenir un questionnement pour le lecteur. Quelle interprétation donner au temps ? Les heures, jours, saisons suffisent-ils à définir le temps ? Moult questions auxquelles je n’ai pas trouvé de réponses, certes, mais qui m’ont en tout cas ouvert l’esprit.
“ Peut-être qu'une telle lumière concernant tout un chacun mais que personne, jamais, ne pouvait la retenir, qu'elle ne faisait qu'errer par-dessus les têtes et les cœurs, marquer une pause infime, équivalente à un instant irréductible, et poursuivre ensuite son errance. Et ceux qui se prenaient à espérer que ce point scintillant, cet éclair fulgurant, pût les unir pour toujours à une bien-aimée, à un être cher entre tous, ne faisaient que suivre un chemin labyrinthique. Et au bout du chemin, ils ne trouvaient que cendre. ”
Tout cela s’accompagne d’une plume d’une précision comme j’en ai rarement vu. Il est vrai qu’il faut parfois s’accrocher car les phrases sont longues, ponctuées de multiples virgules mais malgré cela l’écriture est tellement maîtrisée et poétique que je me suis laissée porter, voguer dans l’espace-temps de ce roman. Ce n’est pas un roman qui se dévore, c’est un roman qui se déguste, comme il convient de déguster le temps qui passe.
Mention spéciale au traducteur Bernard Kreiss, qui a fait un travail remarquable sur ce roman pour permettre au lecteur de s’imprégner totalement de l’univers de Ransmayr.


Cette lecture s'inscrit dans le cadre des Explolecteurs de la rentrée littéraire lecteurs.com (dont vous pouvez retrouver l'intégralité des livres chroniqués ici). Découverte totale d'un univers et d'un pays lié à une époque.

Commentaires

  1. C'est une de mes futures lectures! je suis ravie que tu aies aimé ce livre, d'autant plus que tu écris que ce n'est ni ton genre ni ton époque préférée, ce qui est également le cas pour moi - donc mes craintes sont levées!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis certaine qu'il te plaira. J'attends avec impatience ton ressenti. Bises

      Supprimer

Enregistrer un commentaire