Le ciel ne parle pas de Morgan Sportès : immersion dans le Japon du XVIIe

Morgan Sportes
Paru aux éditions Fayard - août 2017
320 pages

Cette lecture s'inscrit dans le cadre des Explolecteurs de la rentrée littéraire lecteurs.com (dont vous pouvez retrouver l'intégralité des livres chroniqués ici). Découverte totale d'un univers et d'un pays lié à une époque.

Japon, XVIIe siècle, Christovao Ferreira est un jeune jésuite portugais arrivé à Nagasaki pour prêcher la bonne parole chrétienne auprès des Nippons. Le commerce est florissant sur cette île où les Portugais ont coutume de venir vendre de la soie, de l’or ou encore des esclaves. Mais ils ne sont pas les seuls à s’adonner à ces trafics, les Hollandais sont également prêts à tout pour avoir leur part du gâteau. Et autant dire que ces deux camps ne sont pas franchement en bon terme : les querelles religieuse (catholique et protestant) ne sont à cette époque pas tendres.
Accueillis d’abord avec sympathie, les jésuites portugais vont bientôt faire l’objet de représailles par les shoguns qui dirigent le pays avec poigne. Les persécutions vont alors s’enchaîner et Christovoa Ferreira sera arrêté puis torturé jusqu’à son apostasie. L’ex-prêtre va alors être marié à Kikou, une jolie jeune femme étrangement fervente des assassinats par le feu, et travailler pour l’Inquisition nippone. C’est alors une véritable traque aux chrétiens qui se met en place durant plusieurs années. Plus un seul chrétien, plus aucune forme de chrétienté ne doit exister au pays du soleil levant et des cerisiers en fleurs. Plus aucun commerce ne doit s’effectuer avec eux. Christovao Ferreira, désormais apostasié, reniera-t-il totalement ses croyances au profit de sa vie ?
“ Et comme toute chose, en ce monde éphémère où rien ne saurait longtemps durer, et surtout pas la pauvre image des hommes, reflet illusoire de leur identité, tous devinrent méconnaissable. ”
Parsemé de notes d’humour grinçantes et de petits commentaires sarcastiques mais excellents, Morgan Sportès offre un véritable roman historique à la fois grave et caustique. L’auteur m’a littéralement embarquée dans une époque que je connais peu et qui m’a demandé quelques recherches en amont afin de pouvoir suivre le déroulé de ce récit ô combien éprouvant. Éprouvant pour trois raisons.
La première étant que j’avais dans l’idée que le Japon - pays réputé pour sa beauté sous toutes les formes et son accueil - n’était pas un pays pouvant être violent. Et quel choc de découvrir la barbarie dont ils ont pu faire preuve à l’égard des autres peuples.
Ensuite c'est cette analyse constante qu’il faut savoir mener pour comprendre tout l’intérêt de ce récit historique. En effet, au-delà de l’histoire de Christovao Ferreira, de l’invasion des Portugais au Japon et la persécution dont ont été victimes nombre d’innocents au nom d’une religion jugée intrusive, se dresse peu à peu devant nos yeux le parallèle que l’on peut faire avec notre monde actuel. La folie religieuse chrétienne, où des prêtres disposés à mourir en martyr au nom de Dieu, n’est pas sans rappeler la folie djihadiste. La fermeture des frontières du Japon avec le commerce extérieur nous fait inévitablement penser au Breixit et les jeux de pouvoirs des impérialistes de l’époque ne sont au fond pas si éloignés de ceux menés par nos Etats actuels.
Enfin la troisième raison se veut quant à elle moins objective, Le ciel ne parle pas fut pour moi une lecture fastidieuse. Malgré toute la dimension historique et géopolitique passionnante, l’auteur m’a régulièrement perdue parmi les dates, les noms ou encore les détails. Et en ce sens cela a clairement nui à tout l’intérêt que j’ai pourtant pu trouver dans ce roman.

Un roman, donc, dont je sors mi-figue mi-raisin : instruite certes, mais peu séduite malgré tout.

Commentaires

  1. C'est un livre qui m'intéresse beaucoup, je vais le noter dans ma wish. Ca ne m'étonne même pas pour l'accès de violence qu'on eu les japonais face aux chrétiens même aujourd'hui les japonais considèrent leur pays comme le meilleur.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'espère qu'il te passionnera un peu plus que moi.

      Supprimer
  2. Dommage.. Tout l'intérêt d'un roman historique réside précisément dans la possibilité qui est offerte à l'auteur de construire un récit sans forcément l'alourdir de tous les éléments qu'il est allé chercher pour restituer une époque, un événement, un personnage...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Entièrement d'accord avec toi. Surtout lorsque tu ne connais pas grand chose de cette période ça peut vite devenir imbuvable.

      Supprimer

Enregistrer un commentaire