Adolphe a disparu d’Eric Metzger : la belle surprise d’un humoriste

Adolphe a disparu
Paru en février 2017 chez Gallimard
Collection l'Arpenteur - 144 pages


Pour moi Eric Metzger c’est Eric et Quentin dans le Quotidien de Yann Barthès. Sans savoir qu’il avait déjà écrit un premier roman j’ai d’abord été dubitative « un humoriste, un roman moui bon à voir » et puis j’ai appris pour son premier roman, j’ai appris les études qu’il avait entrepris, j’ai lu la dernière de couverture et je me suis laissée tenter.

Le héros de ce roman, la trentaine, va voir sa belle Lola le quitter, comme ça, sans crier gare, sans signes avant-coureurs. Elle l’aime mais n’est plus amoureuse. Quand l’amour s’arrête-t-il ? A quel moment sent-on que l’affection a pris le pas sur l’Amour ? Vaste question … Et cet homme ne comprend pas. Il va tenter de se consoler auprès de ses amis, ou plutôt de se faire plaindre, parce que c’est humain, parce que qui ne l’a jamais fait lors d’une rupture … En plein drame affectif, sa mère va l’appeler en pleurs, elle a perdu Adolphe. Un chat qu’elle nourrit chaque jour avec tant d’autres au bois de Boulogne. Pleurer pour un chat non mais franchement c’est le pompon pour lui. Elle va lui demander de l’aider à le retrouver. Il n’a pas la force de refuser et puis il n’a rien d’autre à faire maintenant qu’il est seul. Mais d’abord, comment reconnaître ce foutu chat ? Adolphe est blanc, il a une petite spécificité, il porte une petite moustache noire sous le nez et puis il est méchant. Ça ne vous rappelle personne ?  
C’est ainsi que l’aventure démarre.

Eric Metzger livre

A travers ce second roman, Eric Metzger décrypte la douleur que laisse l’amour lorsqu’il n’est plus. Sans fioritures, ni grandes phrases métaphoriques, il la couche sur le papier avec une justesse incroyable. Oui d’accord, une histoire d’amour qui se termine mal c’est du vu, revu et même re-revu et ce pourrait être le cas avec ce roman mais l’auteur va plus loin que la simple description d’une rupture, il dresse le portrait d’un mec un peu paumé, un peu sonné, et égoïste où la raison est remplacée par la fierté. Un mec dans lequel, homme ou femme, pourrait se retrouver. 

Eric Metzger
Puis peu à peu on s’aperçoit qu’Adolphe a disparu c’est encore plus que ça, c’est le temps de l’introspection à travers cette folle aventure dans le bois de Boulogne, c’est la prise de conscience d’une blessure plus profonde, celle qu’un père a laissé, un père qui n’est plus. C’est s’apercevoir, qu’inévitablement il lui ressemble chaque jour un peu plus. Au point de tenter d’être quelqu’un d’autre pour simplement ne pas affronter la douleur d’un père qui manque. 
Mais c’est aussi le temps des retrouvailles entre un fils et sa mère, la (re)découverte sensible, maladroite parfois de deux êtres liés par le sang et que la vie a éloigné, fatalement. 

Eric Metzger

Alors qu’on se dit que ce roman est un livre bilan, l'auteur va encore plus loin (il se débrouille bien cet Eric). 
Fort de ce périple dans le bois de Boulogne pour retrouver le sosie poilu d’Hitler, il aborde avec beaucoup d’humour le monde parallèle de la prostitution, l’humanisant non pas à travers son héros mais plutôt à travers les yeux de sa mère qui connaît la plupart de ces prostitué(e)s à force de venir s’occuper de ces « mimis » en détresse. De quoi fermer la porte à tous les préjugés liés au plus vieux métier du monde. Une fois les prostitués salués, il nous présente les SDF du bois. Ce jeune trentenaire habitué à la mode urbaine du « non » quand on lui demande une pièce va finir par prendre conscience de cette misère. De quoi là aussi remettre en place les idées. 

Finalement, Adolphe a disparu est un roman simple, à la morale simple, à l’amour simple sous toutes ses formes. Et ce n’est pas péjoratif loin de là (le nombre de post-it que j’ai collé aux pages démontrent tout l’intérêt de cette lecture), il est juste bon de découvrir des livres qui ne cherchent pas à tout prix à remplir de la page blanche de belles et grandes phrases pour parler de choses simples, pour parler de la vie ordinaire, pour évoquer ce besoin parfois essentiel de solitude afin de pouvoir tout simplement avancer.

Eric Metzger livre

Et en refermant ce roman, je n’ai plus eu aucun doute sur la capacité d’Eric à faire partie du monde littéraire. Assurément je lirai son premier roman, assurément je lirai ses prochains aussi.

Commentaires

  1. Super ta chronique, elle donne envie de découvrir ce livre :)

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    1. Contente qu'il suscite ton intérêt. Il en vaut la peine :)

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  2. C'est donc le Eric de Eric et Quentin ? Merde alors tu m'apprends un truc. #minutepeople.
    Plus sérieusement tu me donnes très envie de le lire, le résumé et les extraits que tu as choisis sont très parlants (et tentants !)

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    1. Et oui c'est LE Éric moi aussi j'étais étonnée et pourtant ce n'est pas son premier roman. Et le lire c'est le découvrir autrement (c'est franchement beau ce que je dis là). Derrière l'humour il y a vraiment quelque chose à gratter.

      Ravie de te donner cette envie de lecture :) il mérite franchement qu'on s'y attarde un peu et il se lit d'une traite.

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  3. J'avais lu son premier "La nuit des trente" et c'était sympa et sans prétention.

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  4. Comme toujours, une chronique qui donne envie de découvrir le livre... Qu'est-ce que j'aime te lire ! (Pas sûr que ma Cb aime autant ��)...

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    1. Oh merci Nath. C'est en ça que je prends du plaisir, lire bien sûr mais aussi donner envie quand un roman en vaut la peine. Et concernant ta CB, si on se voit au salon du livre et que certains livres te tentent, dis le moi je peux t'en ramener. Tu me les renverras quand tu voudras :)

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  5. Comme toi, j'aurais eu tendance à me détourner d'un livre écrit par un humoriste. Comme quoi, tu as eu raison d'avoir l'esprit ouvert, finalement.

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    1. Certains en valent la peine, celui-ci en est la preuve. Mais il a beau être humoriste Monsieur est avant tout un homme de lettre de part ses études alors je me suis dit qu'il y avait forcément "quelque chose à en tirer" ;-)

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