Jours de miel d’Eshkol Nevo : un délicieux conte moderne

Eshkol Nevo
Paru aux éditions Gallimard en janvier 2016
320 pages

Grande lectrice de littérature française, il était temps pour moi de découvrir d’autres horizons, c’est ainsi que mes yeux se sont arrêtés sur ce roman israélien à la couverture et au titre ô combien délicieux.


En quelques mots

« Et peut-être ne pouvait-il savoir alors, à l’âge de vingt ans et des poussières, que chacun possède sa part d’ombre et que le plus important est de savoir si la part lumineuse est vraiment aussi rayonnante… »

Tout commence lorsque Jeremiah Mendelstrum, un riche Juif américain, décide de faire un don à la ville des Justes (en Galilée) - une ville remplie de tombeaux sacrés où de nombreux pèlerinages ont lieu - pour la construction d’un mikvé (bain rituel purificateur) à la mémoire de sa défunte femme. Le maire y voit là une superbe occasion d’asseoir son mandat afin de se faire réélire aux prochaines élections. Mais voilà, son adjoint Ben Tsouk - un homme parti s’installer dans cette ville pour fuir son passé et Ayélet - garant des cartes de la ville, lui annonce que le seul endroit où le mikvé pourrait être construit se trouve en retrait de la ville proche de la base-secrète-connue-de-tous. Un quartier à l’abandon que le maire va s’empresser d’animer grâce à l’arrivée d’immigrés russes. Mais ces russes, ne parlent pas un mot d’hébreu, font partis du 3ème âge et n’ont que faire de ce mikvé et de la religion. Eux ce qu’ils veulent c’est un club d’échec… Tant pis, il est hors de question pour le maire de passer à côté de ce don. Le mikvé devra voir le jour coûte que coûte. Mais bien sûr rien ne va se dérouler comme prévu, et la ville des Justes va connaître une succession de catastrophes sociales, religieuses mais surtout ubuesques.





Je vous l’annonce ce roman est aussi délicieux à lire que sa couverture à regarder. L’absurdité et la tendresse sont les maîtres mots de cet ouvrage, et les deux sont mélangées avec beaucoup de finesse.

Eshkol Nevo nous offre un pur moment de douceur et d’amusement à travers ce conte moderne. Pourquoi un conte ? Et bien parce que si l’action se passe majoritairement en Israël, les lieux ne sont quant à eux pas réellement définis tout est nommé à la manière d’un conte « Ville des justes », « Quartier source de fierté » ... sans compter ces fameux Justes tel « Nathanaël-le-juste-caché », qui ajoute un peu plus de fantaisie à cette fable du XXIème siècle. 

« Et comment diable traduire tout ce chaos intérieur en une carte déchiffrable ? Comment cartographie-t-on l’amour, la responsabilité, l’instinct, la pureté, la crise, la rédemption ? »

Ainsi, nous suivons, en choral, des personnages hauts en couleur à la fois comiques et tragiques mais tous attachants. Chacun d’entre eux se cherchent, tentent de fuir avec toujours l’espoir inavoué de se retrouver. Des destins qui s’entremêlent à la perfection, entre athéisme et religion, entre solitude et vie sociale du « qu’en dira-t-on ? ». 
Jours de miel c’est un long cheminement vers l’émancipation, le deuil, l’amour. La religion y a une part majeure, mais jamais l’auteur ne la met sur un piédestal. Ici, elle a pour but le sens de la vie et la droiture, et cela peu importe le courant choisi. Mais malgré cela, Eshkol Nevo soulève un point très intéressant : les contradictions qui existent au sein d’une même religion notamment sur l’interprétation qu’il en est faite et les superstitions qui habitent les croyants. En d’autres termes, à travers le judaïsme, il met en lumière le mal de toutes les religions… Un parti pris délicat mais réussi.
Il aborde également d’autres thématiques particulièrement en lien avec ce que nous lisons chaque jour dans les journaux à savoir : l’immigration, les difficultés d’intégration à travers l’arrivée de ces russes mais aussi par l’un des personnages, Naim qui se fait appelé Noam, oui parce que vous comprenez ça sonne plus juif pour la ville des Justes…

Pour conclure (parce qu'il le faut même si je pourrai parler longuement de ce roman) et malgré quelques longueurs, cette lecture a été d’une grande richesse humaine mais également intellectuelle, elle m’a permis d’en apprendre plus sur Israël et le judaïsme. La plume et la malice de l'auteur sont un véritable bonheur. Avec beaucoup de bienveillance, d'humour et de sensualité, il parvient à accorder la vie de ces personnages loufoques pour amener le lecteur à comprendre ce melting-pot, et avec lui cette douce satire de la société israélienne (mais pas que) d’aujourd’hui.

Un roman que je vous conseille vivement de découvrir.

« le miracle le plus prodigieux n’était pas l’eau que Moïse avait fait jaillir du rocher, ni la pluie de la manne, ni même l’ouverture en deux de la mer des Joncs – non, le miracle le plus inouï se produit quand deux êtres humains se rencontrent au bon moment et se transforment en un lieu, un lieu authentique, chacun pour l’autre. »


Un roman accompagné de …

D’un thé à la menthe bien évidemment pour nous rappeler le Moyen-Orient (pour le côté russe on peut opter pour une vodka, à chacun ses préférences). Côté musique, il va de soi que l’on penche également pour un voyage Israélien avec :
Yael Naim, sur son premier album nous offre quelques titres en hébreu pour le plaisir de nos oreilles :
- Selcha
- Yashanti
- Lachlom
- 7 babokers (ma préférée)
Rona Kenan & Asaf AvidanYesterday is here
Et petite dérive vers l’arabe avec Hindi Zahra et sa superbe chanson La luna

En attendant de le lire, laissez-vous bercer par cette superbe chanson 


Commentaires

  1. Le scenario de départ ne m'inspirait pas vraiment. Mais ce que tu en dis me convainc. Religion, immigration, richese humaine. Il n'y a pas que la couverture qui soit alléchante. Merci pour cette découverte

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    1. J'avais également cette crainte lors des premières pages que ce soit trop léger mais derrière cet humour se cache de vraies préoccupations. Si tu le lis j'espère qu'il te plaira autant qu'à moi.

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    1. J'espère que tu l'apprécieras autant que moi.

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  3. Quand j'avais vu cette couverture (magnifique, il faut le dire), je ne m'attendais pas à un pitch aussi barré !
    Je ne sais pas si je me laisserai tenter, pourquoi pas si je le croise en bibliothèque !

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    1. C'est un peu barré oui mais pas complètement tiré par les cheveux en tout cas pas trop, c'est justement dosé enfin j'ai trouvé et le fond de ce roman est vraiment intéressant lorsqu'on se met à l'analyser.

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